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Richard Cazenave

Membre honoraire du Parlement

mardi 21 février 2012

France

Présidentielle : un vote de rejet ou un choix politique ?

À 60 jours de l'élection présidentielle la campagne électorale entre dans une nouvelle phase.

Une nouvelle phase qui se caractérise principalement par un retour en force de la bipolarisation autour des deux « principaux » candidats, le Président sortant Nicolas Sarkozy et « l'impétrant » PS François Hollande. J'ignore si cette monopolisation du débat autour des deux probables finalistes va se poursuivre tout au long des deux mois de campagne, tant l'opinion semble d'une grande volatilité... Et cela d'autant que, en regardant de plus près les motivations des électeurs, c'est principalement dans le refus de consacrer l'un que l'on vote pour l'autre ! (deux tiers des électeurs dans chaque camp...)

On est donc très très loin d'un vote d'adhésion dans les deux cas. Et cela fait naître ces jours-ci une rumeur nouvelle qui prend de l'ampleur car elle correspond bien au tempérament frondeur et facétieux des français : « on va réélire Nicolas Sarkozy car, décidément, Hollande ne fait pas le poids, mais on va lui coller une majorité PS dans les pattes à l'Assemblée ».

Une situation inédite

La situation est inédite, car les précédentes cohabitations étaient intervenues lors d'un renouvellement de l'Assemblée nationale dans le courant des septennat des Présidents Mitterrand ou Chirac. C'est même pour cela, et pour éviter toute nouvelle cohabitation, qu'a été institué le quinquennat, qui permet de faire coïncider systématiquement les élections présidentielles et législatives pour des durées identiques. Et c'est là qu'un rappel s'impose : en cas de conflit de légitimité entre le Président de la République et l'Assemblée nationale, c'est bien de la majorité à l'Assemblée nationale que procède le pouvoir législatif, la capacité de gouverner et d'accorder ou non sa confiance au gouvernement.

En résumé avec une majorité socialiste au Sénat et à l'Assemblée nationale suivant la réélection de Nicolas Sarkozy, celui-ci serait davantage amené à « inaugurer les chrysanthèmes » qu'à diriger la France.

On n'en est pas là, mais l'on sent bien que l'on est dans un temps où tous les revirements sont possibles jusqu'au bout …

C'est pourquoi, plus que jamais j'appelle pour ma part à un vrai débat de fond, loin des effets médiatiques et des petites phrases... Il est juste amusant de constater que les socialistes, qui ont les formules les plus assassines pour pilonner sans cesse la personnalité du Président, s'offusquent et poussent des cris d'orfraie dès lors que le même traitement leur est infligé et que les coups sont rendus !

L'exigence de vérité

La situation de notre pays, de l'Europe et du Monde, est aujourd'hui d'une gravité qui fait de l'exigence de vérité une vertu cardinale si nous voulons que notre pays ne gaspille pas les chances qui sont les siennes de sortir de cette crise par le haut et de reconquérir des emplois sur notre sol.

Tout se joue aujourd'hui à la marge, la reconquête comme la descente aux enfers. Faire aujourd'hui un diagnostic erroné, se tromper de traitement peut donc avoir des conséquences plus importantes que jamais.

J'espère que les 60 jours qui restent avant que les Français ne se prononcent permettront réellement d'avoir ce débat de fond que mérite « notre vieux et cher pays ».

mardi 31 janvier 2012

France

Emploi, compétitivité : stop ou encore ?

Comme je l'ai indiqué dans mon billet du 18 janvier[1], le gros de la crise financière est désormais derrière nous. La question de la compétitivité, elle, reste à traiter.

C'est le but des mesures décidées par le Président de la République et annoncées ce dimanche 29 janvier. Il ne s'agit pas de s'aligner sur les salaires et les conditions de travail chinois, mais bien de se hisser au niveau de notre principal partenaire et concurrent en Europe, notre voisin allemand.

Je ne reprends pas ici tous les indicateurs présentés dans ce précédent billet. Ceux-ci montrent de façon très claire une perte de compétitivité, amorcée il y a 10 ans et due notamment :

  1. à l'absence d'adaptation de notre outil de production et du droit du travail aux nouvelles contraintes économiques, les marges de négociations sociales ayant été réduites à néant par les 35 heures obligatoires ;
  2. à nos choix budgétaires et politiques qui ont privilégié la consommation sur la compétitivité, d'où la croissance des importations et le déficit de notre balance extérieure ;
  3. à un développement insuffisant de nos PME (4 fois plus à l'export en Allemagne qu'en France).

Les mesures annoncées vont incontestablement dans le sens d'une correction de trajectoire :

  • ainsi en est-il du transfert d'une partie des cotisations sociales du travail vers la consommation, et ce par une augmentation de la TVA de 19,6 à 21,2 %, celle qui porte sur des produits aujourd'hui importés pour les ¾ d'entre eux.
  • ainsi en est-il de la liberté de négociation sur le triptyque emploi – salaire – temps de travail, du développement de l'apprentissage et de la volonté de mieux accompagner financièrement les PME.

J'aurais peine à les contester, étant de ceux qui en prônaient la mise en place dès le début du quinquennat. Elles permettront, tous les experts sont pour une fois d'accord, le maintien ou la création de 200 000 à 300 000 emplois.

Fallait-il les prendre aujourd'hui ?

Elles ne seront effectives que dans un calendrier qui dépasse les échéances présidentielles et par conséquent l'effet négatif de l'annonce ne sera compensé par les aspects positifs que d'ici un ou deux ans...

Fallait il les différer ?

Je suis de ceux qui pensent – pour de multiples raisons - que nous ne pouvons pas attendre davantage pour envoyer le signal d'une reconquête de la compétitivité du site de production France, même s'il est difficile d'imaginer en retirer un bénéfice politique immédiat…

« Stop ou encore » a dit le Président ; si c'est « stop », le candidat socialiste, qui se dit hostile à ces mesures, devra nous expliquer comment il pense pouvoir enrayer l'hémorragie de nos emplois en refusant de mettre en place ce qui permettrait de restaurer la compétitivité du site France.

Nous voilà au coeur du débat. Un simple moulinet de bras ne peut constituer une réponse acceptable !

mercredi 18 janvier 2012

France

La face cachée de la perte du triple A

Les explications et les commentaires consécutifs à la pertes du triple A français (et de 8 autres pays européens) sont légion, et parfois dépassés avant même que l'encre des articles ait fini de sécher. Les marchés en ont anticipé les conséquences, au point que même le débat sur le renflouement du Fond Européen de Stabilité Financière (FESF) - lui aussi privé de son triple A - est en train de faire « pschittt », l'Allemagne « préférant cette dégradation du FESF plutôt que de le renflouer ».

Certes, il y a matière à discuter sur la stratégie des Européens qui, en divergeant sur les réponses financières à apporter à la crise de la dette, prêtent le flanc à la spéculation. Pour autant, ce n'est pas dans le court terme, largement commenté par les spécialistes de la finance, que ces questions doivent nous interpeller le plus. Le sujet de fond est d'une plus grande gravité car fait de tendances lourdes qui ne peuvent se corriger dans l'instant. La question centrale posée autour de cette agitation financière est en effet bel et bien celle-ci :

Comment deux pays (ou deux ensembles de pays) aux économies divergentes peuvent ils partager la même monnaie ?

Cette question appelle deux réponses possibles :

  • soit nous adoptons des stratégies convergentes et donc nous allons vers une intégration européenne politique et économique renforcée ;
  • soit nous décidons (ou nous subissons) l'éclatement de la zone euro...

Et c'est bien sur cette question, « quelle politique française pour quelles convergences européennes », que devrait porter le débat de l'élection présidentielle française, sauf à faire d'emblée le choix d'une sortie de l'euro (dont il serait intéressant de décliner toutes les conséquences...).

Pour comprendre les tenants et aboutissants de ce débat, arrêtons-nous un instant sur les performances économiques comparés de la France et de l'Allemagne pour les 10 dernières années.

  • Balances commerciales : depuis 2000, accélération de la croissance de l'excédent allemand et de la croissance du déficit français (voir ci-dessous).
  • Balances commerciales
  • Compétitivité : depuis 12 ans augmentation du coût horaire du travail de 40 % en France contre seulement 14,6 % en Allemagne (il y a 12 ans le coût horaire du travail en France était inférieur de 8 % à celui de l'Allemagne...).
  • Taux de marge des entreprises : il était identique il y a 20 ans (à 33 %). Le taux de marge allemand est aujourd'hui à plus de 40 %, celui des entreprises en France est le plus bas d'Europe.
  • Politiques publiques : elles ont favorisé en France le progrès du pouvoir d'achat et non les gains de productivité, conduisant à un affaiblissement de nos positions exportatrices et à la consommation de biens importés. Elles ont amplifiés au total les déficits publics et ceux de la balance des paiements.(voir ci-dessous)
  • Parités de pouvoir d'achat Balances des paiements
  • Exportations françaises : elles représentaient 55 % des exportations allemandes il y a 10 ans, 40 % aujourd’hui.
  • Solde des échanges de marchandises entre la France et l’Allemagne : il s’élève actuellement à 200 milliards d’euros (10 % du PIB). Les pertes de parts de marché concernent quasiment tous les produits et toutes les régions.
  • Valeur ajoutée créée par l’industrie implantée sur notre territoire : elle représentait 50 % de la valeur ajoutée créée sur le territoire allemand en 2000 ; aujourd'hui 40 % seulement.
  • Entreprises industrielles : de 2000 à 2007, par comparaison avec l’Allemagne, la France en a perdu environ 13 %.

Une rupture de stratégie au moment même où naissait l'Euro

La rupture dans les stratégies réciproque de la France et de l'Allemagne date précisément d'il y a 10 ans, lorsque les autorités allemandes ont pris conscience des contraintes et des dangers de la réunification. Il en a résulté une stratégie de compétitivité mise en oeuvre de façon méthodique et dans tous les secteurs de la vie collective : réforme du marché du travail, modération salariale, investissements d'avenir et de recherche, réduction des déficits publics.

À peu près au même moment, c'est-à-dire au moment même où l'Allemagne et la France faisaient ensemble l'Euro et où la Chine entrait dans l'OMC, la France choisissait une stratégie divergente en imposant brutalement par la loi une réduction forte et uniforme de la durée du travail, engendrant une hausse du coût horaire et des coûts unitaires de production, et réduisant à néant les marges de négociation sur le triptyque emploi-salaire-durée du travail.

Les leçons à tirer sont évidentes.

Il faut non seulement éviter d'agraver la situation, mais il est indispensable de surcroît de consacrer toute notre énergie et les maigres marges de manoeuvre dont nous disposons aujourd'hui, en plein coeur de la tourmente, à poser et à décliner dans la durée une stratégie de reconquête de notre compétitivité.

Outre les orientations dites macro-économiques, qui peuvent s'inspirer de ce que l'Allemagne a fait, la France doit faire face à un autre handicap structurel qui lui est propre : son économie est largement dominée par de grandes entreprises que leur dimension internationale a rendu « apatrides », et dont la contribution réelle à la croissance et à l'emploi dans notre pays va s'amenuisant, attirées qu'elles sont par les croissances à deux chiffres des pays émergents...

Les entreprises familiales, plus ancrées dans le territoire, y sont en trop petit nombre et de trop faible importance. Pourtant il est connu que les entreprises familiales préfèrent produire localement et exporter plutôt que s'implanter ailleurs. Elles y défendent davantage l'emploi.

En France, l'ISF, les problèmes de transmissions patrimoniales, la rigidité excessive de la réglementation du travail et un dialogue social encore insuffisant génèrent la réticence des entrepreneurs à faire grossir leurs entreprises.

En Allemagne cet ancrage dans le territoire d'entreprises familiales génère deux autres conséquences, d'ordre culturel mais aux résultats économiques bien concrets :

  • une très grande solidarité entre les entreprises de chaque Land, avec une relation client/fournisseurs différente et une plus grande fidélité, la réunion des forces - là où la France se caractérise par l' éparpillement et par des « patrons managers » qui ont financiarisé l'industrie ;
  • une alliance solide dans les Länder entre ces entreprises et les banques.

Bien que ce diagnostic ait été fait depuis longtemps, et bien que des efforts aient été réalisés autour des pôles de compétitivité par exemple, nous sommes encore bien loin du compte. C'est pourquoi, outre les orientations macro-économiques favorables à la compétitivité, nous avons besoin d'une véritable stratégie visant à faire naître, à développer et à conforter un tissu économique local et national autour d'un plus grand nombre d'entreprises familiales.

Tout ceci ne devrait-il pas et ne pourrait-il pas faire l'objet d'une mobilisation nationale ?


vendredi 22 octobre 2010

France

Droit de cesser le travail ou droit de le paralyser ?

La réforme des retraites, que l'on devrait plutôt d'ailleurs appeler 3ème étape (après Balladur 1993 et Fillon 2005), avant la 4ème étape qui sera certainement nécessaire au cours du prochain quinquennat 2012-2017, aurait mérité qu'un vrai débat puisse avoir lieu sur la manière d'allonger la durée de cotisation requise pour une retraite à taux plein.

Après tout il aurait été intéressant de connaître les effets respectifs produits sur l'équilibre des caisses de retraite, d'un côté du recul de deux ans de l'âge légal et de l'âge limite (avec en atténuation les aménagements nécessaires pour les carrières longues et pour les femmes), et de l'autre d'un simple allongement de deux voire trois ans de la durée de cotisation requise.

Car au fond pour tous les gens sérieux, ce qui devrait théoriquement être le cas de tous ceux qui aspirent à exercer des responsabilités nationales, c'est là que se situent les choix à opérer ; la certitude étant que, la durée de cotisation représentant plus de 80% du volume de cotisations d'un système de retraite par répartition, il faudra de toute façon cotiser plus longtemps. Tout le reste n'est que mensonges, fadaises ou illusions.

Ce débat chiffré et argumenté n'aura pas eu lieu, les slogans à l'emporte-pièce et les caricatures ayant pris rapidement le devant de la scène, jusqu'aux lycéens qui auront pourtant presque 40 ans devant eux pour faire les adaptations qui leur paraîtraient les plus judicieuses le moment venu !

Grèves, manifestations, on finit malgré tout par se faire une raison, même si on se dit que ceux qui manifestent avait bien des occasions, la gauche en particulier, de réformer eux-mêmes. Ils n'en ont rien fait... Et, ce qu'une majorité fait aujourd'hui, une autre majorité élue démocratiquement peut tout aussi bien le défaire demain !

Alors pourquoi tant d'acharnement ? Et pourquoi tant d'impatience ? Après deux siècles de démocratie la France n'aurait-elle pas encore appris à respecter les échéances démocratiques ?



Mais là où la ligne jaune est vraiment franchie c'est lorsque, au-delà du droit de grève qui est parfaitement respectable, une poignée d'activistes s'arroge le droit de bloquer la vie économique et sociale et les approvisionnements d'un pays. Et là où l'insupportable est atteint c'est lorsque, ayant poussé dans la rue des jeunes qui n'ont rien a y faire sur ce sujet, on feint de s'étonner des débordements auxquels ces manifs donnent lieu sous l'emprise des casseurs.

Le moment est donc venu, au nom de la démocratie, de dire STOP !

Le droit de manifester n'est pas le droit de casser.
Le droit de cesser le travail n'est le droit de paralyser le travail des autres.
Les piquets de grève sont illégaux car le pendant du droit de grève pour les uns c'est la liberté du travail pour les autres.

Ces notions simples devraient être facilement entendues par ceux qui se posent en défenseurs des droits des salariés.

À moins que leurs objectifs réels ne soient ailleurs...?

mardi 27 juillet 2010

France

Violences, banditisme: quel diagnostic, quelles solutions ?

Incendie de voitures

Grenoble se signale depuis déjà de nombreux mois à la rubrique des faits divers.

Certes la capitale des Alpes, pour des raisons géographiques et historiques, a fait parler d'elle régulièrement au chapitre « mafia »... Mais jusqu'à une période récente les batailles qui agitaient le milieu ne débordaient pas du cadre des règlements de compte entre clans.

La nouveauté est sur trois fronts :

  • celui d'un banditisme qui multiplie les attaques à main armée avec menaces voire usage d'armes lourdes contre les forces de l'ordre ou contre les malencontreux otages ou simples passants...
  • celui d'une banalisation de l'usage de la violence dans la ville, qui voit se développer les petits rackets comme les violences gratuites ; une altercation dans le tramway ou entre automobiliste peut se terminer par des conséquences graves, voire par la mort de simples citoyens ne devant qu'au hasard le sort qui leur est réservé.
  • en résonance avec les deux premiers, les réactions « ethnicistes » dans lesquelles le réflexe communautariste dans ses aspects les plus primaires, assorti de l'expression du rejet le plus extrême (« à bas la France ! »), est placé au-dessus de toute règle de droit, déconnecté de toute raison et de tout bon sens.
    À Grenoble 100 voitures brûlées, des tirs à balles réelles sur des policiers pour « venger » la mort d'un bandit multirécidiviste, plusieurs fois condamné pour attaque à mains armée, et tué alors qu'il tirait à l'arme lourde sur les policiers qui le poursuivaient après le braquage du casino d'Uriage !
    À Saint-Aignan une ville assiégée, gendarmerie mise à sac, feux de signalisation détruits à la hache, arbres tronçonnés et enflammés et trois voitures brûlées, parce qu'un membre de la communauté des gens du voyage, circulant sans permis, a été tué après avoir foncé sur les policiers pour forcer un barrage !

Cette situation appelle une réflexion et une action d'une tout autre ampleur que les piètres échanges politiciens auxquels nous avons assisté à Grenoble, se bornant d'un côté à accuser l'État (voire le maire précédent !), et de l'autre, à faire porter toute la responsabilité à l'équipe municipale en place !

Car il est probable que nous n'avons pas encore atteint le fond.

Enrichis et aguerris par les trafics en tous genres qui leur ont permis de gagner des échelons dans la pègre locale, ceux que pour ma part je n'appellerai pas « les jeunes » mais plutôt « les hooligans » ont non seulement instauré leurs propres règles, mais cultivent de surcroît une haine viscérale de nos valeurs communes.

La bataille ne sera pas gagnée par un coup de menton ou une charge de cavalerie et encore moins par des échanges polis autour d'un tapis vert !

C'est bel et bien tous les moyens de l'État et de la solidarité nationale qu'il faut désormais mobiliser dans la durée et sans états d'âme pour traquer dans toutes leurs formes de manifestation cette délinquance et ce banditisme nourris de haine anti-française.
Les groupements d'intervention régionaux, idée qu'avait lancé Nicolas Sarkozy alors ministre de l'Intérieur, n'ont pas rempli jusqu'ici leur mission.

Il s'agit je le rappelle de mettre en place un véritable harcellement administratif en direction de cette pègre : douanes (importation illicite, contrefaçon), répression des fraudes (travailleurs clandestins), agent du fisc (comment fait-on pour rouler dans une voiture de 150 000€ en étant RMIste?), lutte contre le terrorisme (cache d'armes lourdes) et caetera, et caetera... Dieu sait si l'État fait preuve d'imagination pour emmouscailler la vie des bons citoyens lambda ! N'est-on pas capable aussi de préciser les règles qui devraient présider à l'attribution d'allocations dans le cadre de la solidarité nationale ? Par exemple qu'est-ce qu'un parent isolé ?

Avant tout, des devoirs

Il s'agit de revenir à une lecture pionnière de la Déclaration des Droits de l'homme et du citoyen. Pour toutes les générations qui nous ont précédés, à commencer par les soldats de Valmy, cela a d'abord été pendant des siècles des devoirs à remplir au service de la Patrie et de cet idéal.

Comment en est-on arrivé à ce que notre système éducatif, et au-delà notre société toute entière, c'est-à-dire chacun de nous, tolère que des citoyens français, sortis à seize ans du système scolaire, n'aient strictement rien appris de ce pays où il leur a suffi de naître pour devenir français ? Comment en est-on arrivé à les laisser dans la rue sans leur imposer une formation quelconque ou sans les placer dans une filière spécialisée pour leur donner, le service national ayant été supprimé, les acquis fondamentaux que l'école n'a pas réussi à leur inculquer ?

Je ne fais là qu'ouvrir le champ des actions prioritaires qu'il nous faudra conduire.
Ceci n'est pas une guerre et le problème ne sera pas réglé par une action militaire. Mais c'est bel et bien une mobilisation de tout notre corps social, dans la durée et sans faiblesse, qu'il faut structurer sans tarder, en ayant conscience que le pire est encore à venir.

Tout délai dans la prise de conscience de l'ampleur du mal et des remèdes à lui apporter sera la cause de souffrances et d'excès encore plus grands pour l'avenir.


samedi 22 mai 2010

France

Comptes publics - comptes sociaux : le PS est-il encore un parti de gouvernement ?

À voir les premières escarmouches autour des solutions à apporter aux gravissimes déficits qu'atteignent tant les comptes du budget de l'État que les comptes sociaux (Sécurité sociale et retraites) on est en droit de se demander si le parti socialiste ne s'est pas mépris totalement sur le message des urnes à l'occasion des élections régionales.

Oui, l'UMP a subit un revers électoral sans précédent dans l'histoire de la Vème République, et je n'ai pas été parmi les plus tendres pour en donner les explications. Mais cela autorise-t-il le PS à faire l'économie d'une démarche de responsabilité dans les difficultés majeures que notre pays doit affronter ? Je ne le crois pas et je pense qu'une majorité de Français ne peut être que consternée par ses prises de position récentes.

Budget de l'État

À la fin 2009 le déficit public annuel avec 143,8 milliards d'euros a atteint les 7,5 % du PIB et dépassera 8,2% en projection pour 2010.

Rappelons-nous : la relance décrétée en 2008 et 2009 pour faire face à la crise économique par le gouvernement était jugée par le PS très insuffisante, et le grand emprunt (que j'ai trouvé pour ma part anachronique) beaucoup trop modeste !

Quelles solutions proposent-ils aujourd'hui ? supprimer le bouclier fiscal ? Même si je ne suis pas un partisan du bouclier fiscal, cela représente seulement 500 millions d'euros sur les 100 milliards qu'il faudrait trouver en trois ans pour revenir à 3 % de déficit...

Faire payer les riches ? Ils sont déjà partis avec leurs fortunes, notre pays étant le dernier à pratiquer l'impôt sur l'impôt qui s'appelle ISF et qui nous coûte cher en croissance perdue.

Dans ces conditions, refuser de diminuer de façon drastique les dépenses publiques de fonctionnement est faire preuve d'une grande démagogie ou d'une grande incompétence. D'autant que dans bien des pays les sociaux-démocrates ont montré l'exemple d'une gestion moderne et défonctionnarisée des services publics.

Retraites

En 1970 il y avait 2,5 actifs pour 1 retraité, il y en a 1,5 aujourd'hui, 1,2 en 2020. Le système de solidarité par répartition, que certains économistes comparent au système Madoff (cela tient tant que les derniers acceptent de payer pour les premiers) court à une faillite certaine qui fait dire à la Cour des Comptes : « la baisse des taux de remplacement procurés par la répartition est une certitude. Rien ne l'enrayera ».

Déficit prévu en 2020 (dans 10 ans) : 50 milliards.

Là encore la réponse du PS est d'une simplicité consternante : faire payer les riches. En général il s'agit en fait des classes moyennes qui ont épargné en assurance vie ou sur certains fonds de placement et qui n'ont pas, eux, les moyens de s'expatrier.

Sécurité Sociale

La loi de financement de la Sécu prévoyait un déficit de 10,5 milliards pour 2009. Il a atteint 23,5 milliards et contrairement à la période 2004/2008 qui décrivait une trajectoire de retour à l'équilibre, la trajectoire d'aujourd'hui nous conduit vers une explosion du déficit.

Peut-on là encore se contenter de dire qu'il faut trouver des nouveaux modes de financement ?

En réalité l'heure est grave. Le rapport de Jacques Attali (pourtant ancien conseiller du Président Mitterrand) donne les prémices du scénario de science-fiction qu'avaient décrit en 2007 Philippe Jaffre et Philippe Riès dans leur livre « Le jour où la France a fait faillite ».

*****

Alors certes je ne crois pas comme d'ailleurs la plupart des observateurs sérieux :

  • que la France puisse réellement réaliser 100 milliards d'économie en 3 ans.
  • que l'allongement de la durée des cotisations retraite puisse être le seul remède au déficit du régime.
  • que le transfert vers les mutuelles ou assurances d'une part des dépenses de SS suffise a assurer la pérennité du système.

Je crois même qu'il serait nécessaire de trouver de nouvelles ressources, si par exemple un accord pouvait intervenir entre Européens et Américains sur l'instauration d'une taxe « Tobin » sur les transactions financières.

Mais je crois tout aussi nécessaire de moderniser de fond en comble la gestion de nos services publics, de fusionner les échelons administratifs redondants, de hiérarchiser les priorités de l'action publique, de responsabiliser chacun devant les quasi-certitudes qui attendent nos régimes de retraite, ou encore de mieux séparer ce qui relève de la solidarité nationale de ce qui relève de la responsabilité personnelle.

Faire croire aujourd'hui que l'heure n'est pas à la remise en question en profondeur de nos modes de gestion est encore une fois à mon sens passer complètement à coté du vent de l'histoire.

lundi 08 mars 2010

France

Morne plaine

La campagne des élections régionales s'achève bientôt puisque nous votons les 14 et 21 mars, c'est-à-dire dans 6 jours, sans que nous ayons eu le sentiment qu'elle avait commencé...

Au point qu'à ce jour seul un électeur sur deux dit avoir l'intention de se rendre aux urnes...

Une campagne inexistante qui a suivi un mode de désignation des candidats pour le moins obscur, où les batailles de couloir ont pris le pas sur le poids démocratique réel des postulants et les arbitrages parisiens sur le choix des militants.

On reste sur notre faim s'agissant des projets régionnaux de chaque liste en présence et plus encore s'agissant de la place et de l'avenir de l'agglomération grenobloise dans l'ensemble rhône-alpin.

Comme si finalement la région n'avait pas de compétences spéficiques pour l'aménagement du territoire et l'organisation des déplacements, pour l'emploi, la formation professionnelle et l'éducation.

Comme si la pression fiscale régionale n'avait pas d'impact sur les impôts locaux.

Quant au plan national, les principaux faits qui auront émergé resteront le débat ô combien édifiant sur le passé déliquant réel ou supposé de la tête de liste P.S dans le Val d'Oise et les écarts de jeunesse d'actuels dirigeants de l'UMP, ou encore la désignation par le Président de la République de Didier Migaud comme successeur de Philippe Séguin à la tête de la Cour des Comptes !

Une désignation qui accroît la perplexité des électeurs de droite, car sans nier les capacités du Président de la Commission des Finances de l'Assemblée nationale, cette décision est davantage de nature, en pleine élection régionale, à entretenir la confusion (un gestionnaire de gauche vaut bien un gestionaire de droite ?), que de créer une dynamique de rassemblement autour de l'UMP !

Une décision qui permet aussi hélas de confirmer a contrario la faible influence de la droite grenobloise et iséroise dans les décisions parisiennes, et augurant mal de la capacité de ses représentants à faire avancer les dossiers d'avenir à Lyon comme à Paris...

Oui décidément, morne plaine...

jeudi 28 janvier 2010

France

Burqa : ne tergiversons pas !

Le débat sur la burqa revenant dans l'actualité je ne peux que rappeler ci-dessous la position que j'avais exprimée le 23 juin 2009.

J'ajoute que depuis lors cette conviction n'a fait que se raffermir. Et qu'à la question de savoir s'il faut où non une loi d'interdiction totale dans tout espace public (et donc y compris dans la rue) ma réponse est catégoriquement OUI.

Et que l'on ne vienne pas me sortir l'argument « bateau » de la « stigmatisation ». Le billet ci-dessous, comme tous les débats à ce sujet le dit assez clairement : le voile n'est pas un précepte islamique mais une pratique culturelle. Une culture totalement étrangère à la nôtre, qui agresse nos valeurs et doit donc être combattue de façon radicale.

Burqas sous la Tour Eiffel

Photo Under The Eiffel : Unspoken (Part 2) par Jay-Chili sous licence CC-By-NC-SA


La burqa en débat (23 juin 2009)

La première fois que j'ai vu une femme porter la burqa, c'est-à-dire le voile intégral qui ne laisse apparaître que les yeux, voire qui les dissimule derrière un grillage, c'était en Afghanistan.

Nous étions en l'an 2000 et pourtant j'avais l'impression d'avoir fait un saut dans le moyen-âge.

Deux Islam s'y affrontaient :

  • chez le commandant Massoud dans la vallée du Panshir des femmes dévoilées étaient maîtresses d'école.
  • d'autres traditions tribales imposaient quant à elles la burqa.

Dans les deux cas les imams validaient pleinement, au nom du même Islam, les choix et les pratiques des différentes communautés. Ce qui revient à dire que la burqa n'est pas une résultante de préceptes coraniques, mais bel et bien un choix idéologique, politique et culturel et non un choix religieux.

Des choix qui sont donc la résultante de règles de vie en vigueur dans une société donnée.

Et il est clair que notre société française, basée sur la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, sur l'égalité homme-femme, mais également sur une tradition culturelle héritée de sa longue histoire, ne peut tolérer des pratiques aussi contraires à ses valeurs.

En poussant la logique de ce raisonnement, on peut même dire que l'existence de pratiques sur notre sol telles que le port de la burqa constituent une forme d'agression de nos règles de vie commune et de nos valeurs républicaines.

J'ignore si le débat doit aboutir à légiférer mais, si tel devait être le cas, le législateur devrait à mon sens réfuter par avance tout argument visant à l'accuser d'islamophobie puisque, comme je vient de le rappeler, la burqa n'est pas la résultante d'un choix religieux mais bien d'une pratique sociétale.

D'autre part, je suis surpris de voir que personne ne met en avant les exigences minimales de la sécurité publique. N'est-il pas normal d'être en mesure d'identifier aisément les citoyens dans la rue, d'éviter qu'une personne recherchée ne se dissimule sous ce type de vêtement ? Voire la sécurité dans la circulation de personnes ainsi limitées dans leurs mouvements et leur vision ?

En résumé il ne me paraît pas le moins du monde scandaleux ou attentatoire à la liberté religieuse que d'interdire le voile intégral dans la rue. Ce qui me paraîtrait scandaleux au contraire serait que l'on tolère dans notre société le développement de telles pratiques, qui sont étrangères à toutes les valeurs sur lesquelles elle repose.

Lien vers le billet original

jeudi 07 janvier 2010

France

Philippe Séguin, une haute figure de la République


Philippe Séguin aurait pu prétendre aux plus hautes destinées.


Dans sa génération d'hommes publics il est sans doute celui qui nous a le plus marqué par l'intensité de ses convictions, par la force de son caractère.

Un caractère à son image, tout d'un bloc, qui a été aussi sa faiblesse... Car ce républicain intransigeant a, à plusieurs reprises, alors qu'il tenait dans ses mains les clefs de la réussite suprême, brisé lui-même un destin qui semblait tout tracé.

Aussi éclatant dans son rire qu'il pouvait être sombre dans ses pensées, j'ai aimé cet homme qui dissimulait si mal ses sentiments.

Avec Philippe Séguin à Grenoble en 1990

J'ai aimé aussi chez lui son parcours.

Lui, le petit tunisois, par ses seuls mérites, aura trouvé dans l'école de la République le moyen de se hisser sur les plus hautes marches de la réussite sociale et de la reconnaissance publique.

C'est cette République-là, celle du mérite et non de la naissance, celle qui autorise à chacun, quelle que soit son origine, les plus belles ambitions.

C'est à cette France-là qu'il était viscéralement attaché.


En trente années de vie publique nos routes ont été souvent communes, et parfois complices.

Le dernier sourire, la dernière poignée de main que nous avons échangés datent à peine d'un mois. Jacques Chirac nous avait rassemblés autour de Sylvie Gir, la secrétaire générale du groupe U.M.P à l'Assemblée Nationale, à laquelle il remettait la Légion d'Honneur. Un groupe (R.P.R) que Philippe Séguin avait présidé avant d'accéder aux fonctions de Président de l'Assemblée nationale.


Sa disparition me touche profondément, comme elle affecte je pense tous ceux qui l'ont côtoyé et aimé. Et cette haute figure qui nous quitte aujourd'hui est, incontestablement, aussi une perte pour notre pays et pour notre vie publique.

jeudi 10 décembre 2009

France

Identité ou Unité nationale ?

Entre référence aux racines chrétiennes de la France et aux valeurs de la laïcité de la République Française, le débat sur l'identité nationale semble s'enliser, tiraillé entre des tendances et des aspirations contradictoires...

Ainsi posé, il conduit, comme l'a souligné récemment Alain Juppé, à une question centrale :

« Est-ce que la France, est-ce que la République Française est islamo-compatible ou pas ? »

Il répond un peu plus loin a cette question :

« Évidemment oui. À une condition : devenir français implique évidemment le respect d'un certain nombre de valeurs communes, et une certaine retenue ».

Autrement dit et c'est une autre évidence, certaines pratiques de l'islam sont bel et bien en opposition avec nos valeurs communes.

Dès lors, le débat sur l'identité nationale se résume à un débat sur l'islam et la République, avec les risques que cela comporte de débordements des deux côtés.

C'est pourquoi au terme l'identité nationale je préfère celui d'unité nationale, de cohésion nationale, voire de fierté nationale, car ces termes transcendent tous les clivages et nous donnent toutes les armes pour imposer, sans aucune faiblesse vis-à-vis de quelque religion ou de quelque communauté que ce soit, les valeurs pour lesquelles les Français de toutes origines ont versé leur sang dans tous les combats que la France a menés depuis des siècles pour sa liberté et le rayonnement de ses idées.

Ces même valeurs qui lui permettent aujourd'hui d'être autre chose qu'1% de la population mondiale...

Je rejoins donc ici pleinement les mots de Michèle Alliot-Marie, dans une tribune où elle s'exprime en ces termes :

« Le débat sur l'identité nationale conduit à la question plus fondamentale de l'unité nationale. Les Français ont-ils la volonté de vivre ensemble, l'envie de partager un destin commun ? Vivre ensemble exige l'acceptation de règles communes, de valeurs partagées. Les valeurs expriment l'adhésion à une conception analogue de l'individu, de la famille, de la société. Les règles déclinent ces valeurs de démocratie, de respect de l'homme, de tolérance et de liberté. Nos valeurs sont nées et se sont affirmées à travers notre histoire, ses grandeurs et ses parts d'ombre, les épreuves et les réussites. Elles participent à l'identité nationale. Mais l'unité nationale ne se résume pas à une référence au passé qui a construit notre État. Elle n'est ni nostalgie ni conservatisme. Elle est aspiration, mouvement qui appelle au rassemblement, qui ouvre les bras à ceux qui partagent la volonté de construire un avenir commun. »

En résumé, alors que le débat sur l'identité nationale nous conduit inévitablement à un affrontement inter-religieux et inter-communautaire, celui sur l'unité nationale, tout en nous donnant toutes les armes pour agir sans faiblesse contre toutes les dérives (et notamment mais pas seulement celle des islamistes), permet de transcender ces questions et de continuer à porter un modèle qui a fait la réussite de notre pays et qui nous permet pour aujourd'hui et pour demain, comme le disait le Général De Gaulle, de nous faire une certaine idée de la France.

Une France fière de son drapeau et de son hymne national, de son histoire et des ses valeurs, qui respecte l'individu dans ses croyances et dans ses origines, mais proscrit avec la plus grande fermeté toute dérive communautariste ou sectaire.

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